Refondre la démocratie

Arrêter les privilèges, supprimer la caste politique, et redonner le pouvoir aux citoyens. Une proposition radicale inspirée par Étienne Chouard.

Le problème

Le mammouth politique français : un système à bout de souffle

La France dépense chaque année des milliards pour entretenir une classe politique professionnalisée, déconnectée des réalités, et largement corrompue par les lobbies. Le système actuel est un mastodonte inefficace et coûteux.

~1 Md€
Coût annuel des institutions politiques (Assemblée, Sénat, Élysée, ministères, collectivités)
925
Nombre de parlementaires (577 députés + 348 sénateurs)
15 000 €
Salaire mensuel net d'un député (indemnité + frais)
70%
Des Français ne font plus confiance à leurs élus (CEVIPOF 2024)

Les privilèges qui coûtent cher

  • Retraite dorée : les députés cotisent double pendant leurs mandats, leur assurant une pension bien supérieure au régime général. Un ancien député touche en moyenne 4 500 €/mois de retraite.
  • Frais de mandat : 5 373 €/mois de « frais de mandat » (IRFM) non contrôlés, utilisables sans justificatif. C'est de l'argent de poche fiscalisé à 0%.
  • Cumul des mandats : malgré la loi de 2014, le cumul dans le temps (pantouflage, revolving doors) reste massif — 40% des députés sortants deviennent consultants ou lobbyistes.
  • Immunité parlementaire : les élus échappent à la justice ordinaire. Affaires Fillon, Cahuzac, Guéant, Balkany... la liste est interminable.
  • Train de vie de l'État : 43 ministres et secrétaires d'État, chacun avec cabinet pléthorique, voitures de fonction, logements de réception. Le tout pour un turnover moyen de 18 mois.
L'inspiration

Étienne Chouard : le prof qui veut rendre le pouvoir aux citoyens

En 2005, Étienne Chouard, simple professeur d'économie-gestion en BTS à Marseille, publie un billet de blog expliquant pourquoi il votera « non » au référendum sur la Constitution européenne. Son texte devient viral — plusieurs millions de lectures. Ce qu'il dénonce : une Constitution écrite par des politiques pour les politiques, sans les citoyens.

Depuis, Chouard n'a cessé de creuser la même question : pourquoi les citoyens ne décident-ils pas eux-mêmes des règles qui les gouvernent ? Sa réponse tient en une idée simple et radicale : une assemblée constituante tirée au sort, comme on tire les jurés d'assises.

« Nous ne sommes pas en démocratie. Nous sommes en oligarchie élective. On nous donne le droit de choisir nos maîtres tous les cinq ans, et on appelle ça la démocratie. C'est un mensonge. » — Étienne Chouard

Les trois piliers de la pensée Chouard

  • 1. Assemblée constituante tirée au sort — Quelques centaines de citoyens ordinaires, tirés au sort comme des jurés, écrivent une nouvelle Constitution. Pas de professionnels de la politique. Des gens normaux.
  • 2. RIC constituant (Référendum d'Initiative Citoyenne) — Les citoyens peuvent proposer des lois ET les soumettre directement au vote. Sans passer par les élus. La Suisse le fait depuis 1848.
  • 3. Mandat impératif et révocable — Les élus sont des exécutants, pas des décideurs. Ils appliquent ce que les citoyens votent. S'ils dévient, ils sont révoqués immédiatement.

Ses influences : Cornelius Castoriadis (le philosophe de l'autonomie), David Van Reybrouck (auteur de Contre les élections), et Bernard Manin (théoricien du tirage au sort). Site : chouard.org.

La comparaison

Système actuel vs. Démocratie directe

❌ Le système actuel

  • Élus professionnels, coupés du réel
  • Lobbys qui écrivent les lois (92% des amendements)
  • Corruption légalisée (pantouflage, frais non contrôlés)
  • Un élu = 115 000 citoyens, aucun lien réel
  • Mandat de 5 ans, aucune révocation possible
  • Aucun contrôle citoyen entre deux élections
  • Coût : ~1 milliard €/an pour les institutions

✅ La proposition

  • Citoyens tirés au sort, renouvelés régulièrement
  • Lois écrites par des commissions citoyennes
  • Suppression des privilèges : salaire médian, pas de frais
  • Un délégué = quelques centaines de citoyens, lien direct
  • Mandat impératif, révocable à tout moment par référendum
  • RIC : les citoyens votent les lois toute l'année
  • Coût divisé par 10 : plus de Sénat, cabinets réduits
La méthode

Comment ça marche concrètement

1. Le tirage au sort — comme les jurés d'assises

Tout le monde accepte le tirage au sort pour les jurés de cour d'assises : des citoyens ordinaires qui décident de la liberté ou de la prison d'un accusé. Pourquoi ne pas l'accepter pour écrire les lois ? Le tirage au sort garantit la représentativité statistique : un échantillon de 500 à 1 000 citoyens reflète mécaniquement la diversité de la population (âge, genre, profession, origine géographique). Aucune élection ne produit ce résultat.

2. Le RIC — comme la Suisse, mais en mieux

En Suisse, les citoyens votent 3 à 4 fois par an sur des sujets concrets : fiscalité, infrastructure, droits sociaux. Pour déclencher un référendum, il faut 50 000 signatures (sur 8,6 millions d'habitants). Résultat : les Suisses paient moins d'impôts, leurs infrastructures sont meilleures, et la confiance dans les institutions est 2× plus élevée qu'en France. Le RIC « constituant » proposé par Chouard va plus loin : il permet de modifier la Constitution elle-même par initiative citoyenne.

3. Les politiques deviennent des exécutants

Dans ce système, le rôle des « politiques » change radicalement. Ils ne décident plus — ils exécutent. Leur mission : mettre en œuvre ce que les citoyens ont voté, avec rigueur et transparence. C'est comme le PDG d'une entreprise face à son conseil d'administration : il propose, il exécute, mais ce sont les actionnaires (les citoyens) qui décident des orientations.

4. Budget : la démocratie directe coûte moins cher

Supprimer le Sénat (348 sénateurs + personnel = ~350 M€/an). Réduire l'Assemblée nationale à 200 délégués tirés au sort, payés au salaire médian (2 000 €/mois). Supprimer les frais de mandat, les retraites spéciales, les cabinets ministériels pléthoriques. Économie estimée : 800 millions d'euros par an. Sans compter l'argent économisé en mettant fin à la corruption légale et aux grands projets inutiles décidés par copinage.

Preuves

Ça existe déjà — et ça marche

🇨🇭 Suisse : la démocratie directe depuis 1848

La Suisse organise des votations populaires 3 à 4 fois par an. Les citoyens décident directement des lois, du budget et des traités internationaux. Résultat : la Confédération helvétique est l'un des pays les plus riches, les plus stables et les moins endettés du monde. Le parlement fédéral ne peut pas outrepasser une décision populaire.

🇮🇸 Islande : la constituante citoyenne de 2010

Après la crise financière de 2008, l'Islande a élu une assemblée constituante composée de 25 citoyens ordinaires (sur 522 candidats tirés au sort parmi 1 000). Leur mission : rédiger une nouvelle Constitution. Le projet, adopté par référendum en 2012, instaurait la propriété publique des ressources naturelles et renforçait la démocratie directe. Le Parlement a ensuite bloqué sa mise en œuvre — preuve que les politiques ne veulent pas lâcher le pouvoir.

🏛️ Athènes antique : le tirage au sort comme principe fondateur

La démocratie athénienne (Vᵉ siècle av. J.-C.) fonctionnait par tirage au sort pour la plupart des magistratures. Les citoyens considéraient les élections comme un procédé aristocratique — car elles favorisent les riches, les beaux parleurs et les puissants. Le tirage au sort, lui, garantit l'égalité. Cette sagesse vieille de 2 500 ans a été oubliée par nos « démocraties » modernes.

Plan d'action

Ce qu'on propose, étape par étape

  1. Suppression immédiate des privilèges — fin des frais de mandat non contrôlés, alignement des retraites des élus sur le régime général, interdiction du pantouflage.
  2. Convocation d'une assemblée constituante — 500 citoyens tirés au sort sur les listes électorales, représentatifs de la population française. Mission : rédiger une nouvelle Constitution en 18 mois.
  3. Adoption par référendum — la Constitution écrite par les citoyens est soumise directement au vote du peuple. Pas de filtre parlementaire.
  4. Mise en place du RIC — tout sujet peut être soumis à référendum avec 100 000 signatures. Les résultats sont contraignants.
  5. Réduction drastique des institutions — suppression du Sénat, réduction de l'Assemblée à 200 délégués tirés au sort, suppression des cabinets ministériels au-dessus de 5 collaborateurs.
  6. Mandat impératif et révocable — les élus qui ne respectent pas le vote citoyen sont révoqués par référendum déclenché avec 50 000 signatures.

Ce plan n'est pas une utopie. Chaque mesure a déjà été expérimentée quelque part dans le monde. Ce qui manque, c'est la volonté politique — et celle-ci ne viendra pas des politiques eux-mêmes. Elle viendra des citoyens.

🌐 Visiter chouard.org Rejoindre le MCP

Sources et références